Le Vexin autrefois

Petite histoire d’un de mes ancêtres, eh oui, il est entré dans l’histoire par la petite porte, mais à laisser des traces derrière lui, d’après un texte de Jean-Philippe GERARD, qui a bien voulu me le fournir, ainsi que les côtes des archives concernées…

 

 

Les malheurs d’un fermier à Cormeilles-en-Vexin

ou un ancêtre malchanceux

Dans la hiérarchie villageoise, le fermier se présentait comme le symbole de la réussite. À travers un long processus qui prenait trois à quatre générations, parfois plus, une famille de simples paysans pouvait accéder à une aisance financière et à un pouvoir local tels qu’elle pouvait envisager de passer de l’élite rurale à l’élite sociale. Mais toutes les tentatives n’étaient pas couronnées de succès. Les échecs étaient nombreux, causés parfois par l’inaptitude au métier de fermier, parfois par un excès de précipitation dans la volonté d’ascension. Denis Caffin, laboureur à Cormeilles-en-Vexin au XVIIIe siècle, illustre cet échec. Son histoire, c’est celle d’un individu devenu fermier malgré lui, et qui se trouve entraîné dans une spirale sans fin qui va le mener à la ruine. Histoire somme toute classique, celle d’une faillite, si ce n’est qu’on en connaît la plupart des étapes, et qu’on voit apparaître l’un des traits caractéristiques du propriétaire de la ferme, la maison d’éducation tenue par les Dames religieuses de Saint-Cyr. Ce que d’aucuns qualifieraient d’immobilisme, ou tout au moins d’indécision, est en fait l’expression de deux sentiments importants pour elles : la fidélité envers leurs fermiers, et leur commisération, le terme apparaîtra plusieurs fois dans leurs décisions, face aux difficultés qui peuvent les frapper.

Les fermes de Cormeilles-en-Vexin

25_02.jpgÀ la naissance de Denis Caffin en 1676, les trois principales fermes de Cormeilles-en-Vexin sont aux mains de trois propriétaires. La grange aux dîmes appartient à l’abbaye de Saint-Denis depuis le IXe siècle. La famille La Fontaine possède la ferme principale depuis 1555 et Marie Pajot, la ferme dite de Château, acquise par Alexandre Château en 1534. En 1700, à la signature du bail de la ferme de Château par Denis Caffin et Charles de Lacroix, les trois mêmes fermes appartiennent toutes à la Maison de Saint-Louis. En un quart de siècle, le paysage économique de Cormeilles a été complètement modifié. La grande dîmeresse, appelée également ferme de Cormeilles Saint-Denis, est entrée dans les biens de la Maison de Saint-Louis par le biais de la donation de la mense abbatiale faite par Louis XIV en 1686. Une partie des 150 000 livres de rente accordée par le Roi, convertie en fonds, permit l’acquisition des biens de la famille de La Fontaine, épuisée financièrement par une hasardeuse politique d’acquisition. Ces deux fermes possédaient les plus belles parcelles de terre.

Parmi les biens de la mense abbatiale, toutes les terres ne présentaient pas le même attrait, certaines étant même source de procès. C’est ainsi qu’au village de Colombes, une garenne était source de litige avec les habitants des paroisses de Nanterre, Colombes et Courbevoie. Les lapins n’avaient que faire de la clôture construite pour les empêcher d’aller gâter les récoltes des alentours. Ils creusaient le mur, qu’il fallait sans cesse réparer, et ruinaient les champs, les vignes et les bois voisins, provoquant le courroux des paysans et une diminution des baux. Il convenait donc de se défaire de cette garenne et de trouver un acquéreur. Ce qui fut fait en la personne de Jean Thévenin, gouverneur de la ville de Saint-Denis, qui en proposait 40 000 livres. La vente directe n’étant pas permise, on envisagea un échange. Les Dames furent d’avis  » pour avancer et faciliter cette affaire d’indiquer audit sieur Thevenin des fonds à leur bienseance, savoir une ferme sise a Cormeille en Vexin ou elles ont déjà plus de six mille livres de rente et des bois taillis à Vaucresson pres le bourg de Ruelle dont la seigneurie appartient auxdites Dames « . Le très accommodant sieur Thévenin se mit donc en possession des biens souhaités, achetant la ferme de Cormeilles Château à Michel Chamillart et à son épouse Élisabeth Le Rebours, laquelle l’avait reçue en don de sa tante Marie Pajot. Les experts jurés ayant évalué la garenne à 35 000 livres, les Dames acceptèrent l’offre de 40 000 livres faite par Jean Thévenin, en échange de quoi elles entrèrent en possession de la ferme de Château, évaluée 18 000 livres et du bois de Vaucresson, estimé à 22 000 livres.

Avant d’autoriser la transaction, le Conseil d’État avait ordonné de faire procéder à l’estimation de la ferme de Cormeilles et nomma deux experts. André Perrault, architecte, et Claude Aubry, entrepreneur de bâtiments, se rendirent sur les lieux et notèrent dans leur rapport  » Premierement avons trouve que laditte ferme et maison appellée le Chasteau consiste a une entrée de porte cochere sur la rue Ruelon grande cour ensuitte a la droite de laquelle en entrant est un ediffice couvert de chaume servant de poulier les trois travées ensuitte servant descurie et estables a vaches, un pavillon ensuitte couvert de tuilles de trois travées de longueur et servant par le bas de passage pour aller a une salle a coste a cheminee, et bouge ensuitte dans lequel est le derriere dun four, une grande chambre au dessus desdits lieux a cheminée, pointe de grenier au dessus ; a gauche de la ditte court est un ediffice couvert de chaume en comble servant destables a vaches bergerie et petit toit a porcs en retour, grande grange ensuitte de sept travées de longueur couverte de tuilles en comble a deux esgouts partie dans laditte cour et descente joignant pour descendre a un berceau de cave ; laditte cour fermée tant par lesdits bastimens que de murs et closture en tout cens jardin au derriere de laditte grange presentement en labours dont les murs de clostures sont en plus grande parties demolis. Une autre petite maison en ruyne avec portion de jardin au derriere joignant lescurie et pavillon servant de logement cy dessus declaré et laquelle n’en restant que quelques portions de murs, de laquelle ferme et maison despendent les terres cy apres declarées et sur les quelles nous sommes transportés a leffet d’en faire estimation « . Au vu des terres et des différents baux, les experts évaluent le revenu à 900 livres,  » laquelle somme mise en fonds sur le pied du denier vingt fait celle de dix huit mil livres a laquelle nous avons prisé et estimé le fond en valleur de la ditte ferme  » .

Les contrats passés par Marie Pajot en 1686 et 1695 en faveur d’André Sevestre, laboureur originaire de Génicourt stipulaient un prix de 850 livres par an, somme qui marquait une diminution de 15 % par rapport aux baux du milieu du XVIIe siècle. Les experts préconisaient une réévaluation du prix du bail de près de 6 %.

2102-7.jpgUne ferme à louer

À l’orée du XVIIIe siècle, les trois principales fermes de Cormeilles appartiennent donc aux Dames de Saint-Cyr. Désireuses de se consacrer entièrement à la mission que leur avait confiée Madame de Maintenon, elles s’en remettaient pour la gestion de leur temporel à un intendant. Ce dernier devait rendre compte devant le Conseil de toutes les affaires. Il était également tenu de visiter chacune des possessions une fois l’an, à la saison la plus convenable, afin d’inspecter les terres et les bâtiments. Est-ce l’intrusion de ce personnage dans sa gestion ou la perspective de voir son loyer augmenter qui incita André Sevestre à se désister de son bail au bout de la sixième année, comme il en avait la possibilité ? On sait en effet par une autre affaire qu’André Sevestre avait un certain caractère.

Immédiatement se présente un repreneur en la personne d’Antoine Caffin, dont la famille était établie à Cormeilles-en-Vexin depuis plusieurs années. En 1545, Charles Caffin était en possession de près de deux arpents de terre labourable au terroir de Cormeilles. Jean y fut laboureur jusqu’en 1678 et Philippe fermier d’Auvers l’espace de quarante ans. Antoine lui-même était l’ancien fermier du domaine de la famille La Fontaine, et de présent le receveur des terres de Cormeilles et de Grisy pour les Dames de Saint-Cyr. Il avait épousé en première noce Anne Caffin. Devenu veuf, il s’était remarié avec Jeanne Chartier, d’une famille de laboureurs du pays de France.

Antoine Caffin demande donc la subrogation du bail d’André Sevestre pour son gendre, Charles de Lacroix, fils de François, ancien greffier et arpenteur de Cormeilles, et de Madeleine Lucas. Le Conseil des Dames est d’avis, avant de disposer de la ferme, de faire  » trois dimanches consécutifs aux prosnes des messes de la paroisse dudit Cormeilles […] publier que la ferme quelles avoient aquise de madlle Pajot […] estoit a donner a loyer pour le temps de trois six ou neuf années a commencer a jachere au jour de St Martin d’hiver prochain « . François Asseline, ancien procureur fiscal de la prévôté, signale que personne ne s’est présenté lors des deux premières publications. Cette absence d’enchères est surprenante lorsqu’on se rappelle l’empressement d’Antoine Caffin à demander la ferme. Y a t il eu pression de sa part pour décourager d’éventuels repreneurs ? Toujours est-il qu’à la troisième publication il est seul à se présenter, au nom de son gendre Charles de Lacroix et de la femme de celui-ci, Marie Caffin. Il propose 860 livres par an pour le bail et promet verbalement que lui et sa femme se porteraient caution solidairement de leur gendre. Le Conseil donne un avis favorable. C’est sans compter avec le refus de Jeanne Chartier, seconde femme d’Antoine Caffin, qui fait des difficultés pour se porter garantie de Charles de Lacroix et de Marie Caffin, cette dernière n’étant pas sa fille, mais celle du premier mariage d’Antoine. Bien décidé à faire entrer la ferme Château dans sa famille, ce dernier propose alors de faire prendre le bail conjointement par Charles de Lacroix et Marie Caffin et par son fils Denis Caffin et la femme de celui-ci, Marie Jean. Le registre du Conseil souligne que  » ceste societé et obligation vaut bien le cautionnement de la femme dudit Caffin « . Le contrat est signé le 26 septembre 1700 devant le tabellion de Boissy-l’Aillerie et prend effet au jour de la Saint- Martin d’hiver 1701, pour se terminer à la Saint-Martin 1710. La collaboration entre les deux beaux-frères ne porta pas ses fruits et la situation se dégrada très rapidement.

D 1125 Fonds de Saint- Cyr – Seigneurie de Cormeilles-en-Vexin

Les premiers ennuis

Chaque année, la communauté villageoise se réunissait pour désigner ceux qui auraient la charge de collecter la taille. Cet impôt, qui ne touchait que les roturiers, fournissait une partie importante des ressources financières du royaume. Pour l’année 1703, furent désignés Pierre Le Roy, Guillaume Poyer, Étienne Fournier, André Rousseau et Charles de Lacroix. Ce dernier tenait la bourse et le rôle, registre où étaient mentionnées les sommes dues et perçues. À court d’argent, Charles de Lacroix déroba près de 700 livres sur les 5 282 auxquelles était taxée la paroisse de Cormeilles. Une poursuite fut décidée par les autres collecteurs, car ils étaient solidairement responsables des sommes dues. Menacé de saisie, Charles de Lacroix promit de rembourser son vol, mais il ne respecta pas son engagement. Ses biens furent saisis, mais il en reprit une partie, aidé dans son aventure par sa femme, son beau-frère et d’autres particuliers, avant de s’enfuir. Denis Caffin se retrouva alors seul pour assumer le bail, qui arrivait à échéance en 1710.

Conformément aux Lettres Patentes de leur institution, les Dames étaient tenues de faire publier une mise aux enchères du bail de la ferme. Pour la ferme de Château, Marin Vaugon, laboureur à Boissy-l’Aillerie, se présenta. Il offrait outre 900 livres pour le loyer, de payer six mois d’avance et la caution de ses frères à titre de garantie. Le dilemme qui se posa, et qui allait devenir récurrent, était que Denis Caffin, à présent seul fermier du fait de l’insolvabilité de son associé et beau-frère, devait beaucoup d’argent, plus de 3 400 livres. En ne lui renouvelant pas le bail, cette somme était perdue dans sa presque totalité, car il n’y avait que la future récolte, qui s’annonçait bonne, pour couvrir une partie de la dette. Pour ne rien arranger à cette situation financière catastrophique, Denis Caffin avait prêté de l’argent, sans mentionner ce prêt dans les comptes rendus à la dépositaire. Une somme qui de ce fait était irrécupérable.

Pour tenter de recouvrir une partie de ce qui leur était du, les Dames envisagèrent de se retourner contre Charles de Lacroix et de le faire emprisonner. Du fait de son insolvabilité, il s’agissait surtout de faire pression sur sa mère et d’inciter cette dernière à régler la dette de son fils, car Madeleine Lucas possédait à Cormeilles plus de vingt-trois arpents en une centaine de petites parcelles de terres labourables et de vignes. Elle proposa de payer la moitié de la somme, alors que les Dames lui demandaient d’en régler au moins les deux tiers. Les officiers de Cormeilles firent remarquer que si on insistait au-delà de l’offre de la mère, celle-ci risquait de substituer son bien en faveur de ses petits enfants, voire de le vendre, échappant ainsi à toute saisie. Les Dames furent donc contraintes d’accepter l’offre de Madeleine Lucas. La dette de son fils, qui en était réduit à servir en tant que domestique, se montait à 1 239 livres.

Denis Caffin devait quant à lui environ 2 200 livres, ce qui représentait deux années et demie de loyer, et il était désormais seul à assumer le poids du bail. Les Dames comprenaient qu’elles risquaient de le ruiner à tout lui faire supporter. Elles prirent donc la décision de poursuivre avec leur fermier dans l’espoir de pouvoir récupérer sur le nouveau bail les dettes accumulées.

 

Une dette sans fin

Les années passèrent, mais la situation ne s’améliora pas. En novembre 1716, les sommes dues s’élèvent à plus de quatre années de bail. Les Dames font alors saisir la grange et les effets de leur fermier pour tenter de recouvrer une partie de leurs créances. Mais plusieurs oppositions apparaissent : les domestiques et ouvriers employés, les collecteurs des tailles pour les années 1715 à 1717 et surtout l’Hôtel-Dieu de Pontoise qui lui loue une ferme. L’Hôtel-Dieu possède dans la paroisse de Cormeilles plus de 80 arpents de terre, dont une grosse parcelle de 13 arpents à la Maladrerie. Pour payer son bail envers l’Hôtel-Dieu, Denis Caffin n’a d’autre solution que lui abandonner la récolte. Les Dames de Saint-Cyr refusent d’être seules pour supporter les dettes de leur fermier et elles demandent à l’Hôtel-Dieu d’y contribuer, à proportion des récoltes. Les religieuses de Pontoise s’en remettent à leur avocat. Nous ne savons pas ce qu’il advint de cette procédure entre les Dames de Saint-Cyr et celles de l’Hôtel-Dieu.

En 1718, le même dilemme se pose : soit les Dames dépossèdent Denis Caffin en perdant ce qui leur est dû, soit elles le laissent continuer au risque de voir la dette augmenter. Conscientes de tout perdre si elles l’avaient expulsé, elles avaient pris la décision en 1710 de lui renouveler le bail. Huit ans plus tard, le constat est amer. Le produit de la dernière récolte a été saisi, mais il n’en reste presque rien après avoir payé les dettes. Le 27 mars 1718, le Conseil hésite toujours :  » Dans cette scituation il paroist necessaire de se déterminer s’il est a propos de le deposseder des a present et de faire vendre ce qui reste d’effets comm’aussy de se faire adjuger les labours semences […] le tout ne produira pas a beaucoup pres ce qui est deu, et il faut compter ce qui restera comme perdu, mais aussy il est a craindre qu’en continuant le bail aud. Caffin le debet ne se trouve a la fin plus considerable  » ; puis il tranche :  » le deposseder avant le mois de juin et prendre les diligences necessaires pour s’assurer du payement attendu quil se presente un autre fermier solvable « . Denis Caffin ne peut qu’accepter de se désister de son bail, devant toujours plus de 2100 livres.

Mais entre temps, les offres des fermiers candidats à la reprise de la ferme ont baissé.  » Le bas prix des grains fait que les fermiers qui s’etoient presentes se rallentissent et n’offrent de la ferme que 700 livres au lieu de 860 livres quelle a toujours eté affermé excepté un particulier qui a du bien dans le pays suffisant pour repondre du prix du bail qui en offre les 860 livres, mais dont la conduite ne passe pas pour bien réglée « . Le Conseil décide donc de  » laisser faire la recolte a Caffin et veiller sur luy sans le deposseder « . On prend la précaution de faire préciser qu’il ne doit d’argent qu’à la maison de Saint-Cyr et à la taille, et à personne d’autre. La récolte produit 4 800 gerbes, ce qui représente180 septiers. Après payement des ouvriers et ensemencement, il ne reste que 98 septiers, évalués à 980 livres. De son côté, l’intendant tente d’impliquer les frères de Denis Caffin, en leur demandant de le cautionner. Antoine le jeune, frère de Denis et receveur de la ferme de Cormeilles La Fontaine, s’y refuse. Nicolas accepte de s’engager. Le Conseil décide néanmoins de chercher un fermier sans faire de publication.

En 1723, la dette de Denis Caffin représente près de six années de bail.  » Les Dames ont souhaité par commiseration et dans l’esperance qu’il pourroit arriver des années avantageuses dans lesquelles Caffin trouveroit de quoy se liberer, il a payé a peu pres le courant jusqu’à l’année derniere, mais en la presente il est absolument hors d’etat de payer aucune chose et de subsister jusqu’à la recolte, il a même semé peu de maïs en lannée presente de sorte qu’il ne paroist pas qu’on puisse se dispenser de la deposseder et de faire saisir ses effets pour retirer le plus qu’il sera possible sur ce qui est dû montant a plus de 5000 livres, le surplus sera perdu sans esperance, mais il semble qu’il n’y en auroit pas davantage a le laisser jouir plus long temps a cause de son peu de conduite et de celle de ses enfans sur lesquels on auroit eu quelque façon compté quand ils viendroient en etat de travailler. Il se presente diferentes personnes solvables qui demandent la ferme qui augmenteront le prix du bail « . Les enchérisseurs sont avertis de la prochaine adjudication. André Vaugon et son gendre François Maistre proposent 900 livres, mais c’est Louis Soret qui remporte les enchères à 970 livres par an, étant convenu qu’il reprendrait les dettes du fermier actuel, payables sur trois ans.

 

Épilogue judiciaire

Le terme de cette faillite nous est donné par les registres du Conseil. En date du 1er juillet 1723, on peut y lire que  » les Dames ont fait saisir et executer les effets de Denis Caffin qui tient la ferme de Château a Cormeille faute de payement de plus de 5 années qu’il doit de fermages, il est venu sur la saisie, les Dames estiment qu’on pouroit par commiseration luy laisser un lit entier, les habits de luy, et de sa femme, et enfans, quelque vaisselle, et linge, a condition que pour eviter les frais de vente il fera un abandonnement par écrit, des grains et bestiaux même des labours qui se trouvent faits, pour une somme dont on conviendra, il n’y aura pas beaucoup pres de quoy payer ce qui est dû tant aux Dames qu’aux collecteurs des tailles et aux ouvriers priviligiez « . Et le 9 septembre, que  » Caffin s’oblige de vuidder incessanment les lieux et se desiste de toutes pretentions pour raison du bail, on travailla l’execution de cet acte, et cependant on a jugé a propos de laisser sur les lieux le commissaire estably qui y demeurera jusqu’à ce que Caffin et sa famille soient entierement sortis. Le nouveau fermier va achever de labourer, et il ensemencera les terres « . Contrairement à leurs espérances, les Dames n’en n’ont pas fini avec la ferme Château.

Si Denis Caffin s’est engagé à quitter les lieux après la saisie, ce qu’il semble faire, Louis Soret, son successeur, ne peut toutefois pas reprendre la ferme. Le fils de Denis Caffin, prénommé également Denis, l’en empêche, menaçant de tuer tous ceux qui y pénétreraient. Les Dames pouvaient comprendre la dureté des temps et ses conséquences sur les récoltes, elles pouvaient tolérer une gestion défaillante, ce qui serait le lot de nombre de leurs fermiers, elles ne pouvaient accepter la violence. Face aux débordements du fils de leur ancien fermier, elles font ouvrir une information. Les témoignages recueillis sont accablants. Jean Delacour dépose que  » Denis Caffin le jeune jetta a terre jusqu’a deux fois Denis Caffin lainé son pere et le traitta de vieux bougre ensuitte de quoy […] maltraitta une femme a coup de ratteau la jetta a terre et luy donna plusieurs coup de pied  » Le 11 octobre 1723, le prévôt de la justice de Cormeilles rend ses conclusions et ordonne que le trublion  » sera pris et apprehendé au corps pour être constitüé prisonnier éz prisons dudit Cormeille « . Les comptes rendus en 1725 par l’intendant nous apprennent, au chapitre des frais de procès, que Denis Caffin le jeune a été arrêté et conduit par le sieur de La Besnardiere au château de Bicêtre  » en vertu de lettre de cachet du Roy pour eviter les viollences qu’il auroit pu faire « , courte étape  » jusqu’au départ de la premiere chaisne pour les colonies « . On perd la trace de son père jusqu’à son décès en 1747, à Cormeilles. Seuls les rôles de la taille nous montrent sa déchéance, puisqu’il passe de 200 livres en 1725 à deux livres l’année suivante.

Un état des revenus de 1790 mentionne que la ferme de Château est composée de plusieurs bâtiments qui sont en ruines. Les terres procurent un revenu de 2 218 livres, alors que la ferme La Fontaine en rapporte 6 233 et la grande dîmeresse 7 028. Ces trois fermes sont depuis 1779 louées par un seul et même fermier, Jean-Louis-Toussaint Caffin, petit-fils d’Antoine et neveu de Denis. Pour les Dames de Saint-Cyr, l’échec de Denis Caffin ne sera pas celui de sa famille, à laquelle elles garderont toute leur confiance. Peut-être n’avaient-elles pas oubliées que Denis Caffin ne fut amené à prendre cette ferme que pour pallier le refus de la femme d’Antoine Caffin de se porter caution. Était-il réellement fait pour cette tâche ?

 

Sources :

Archives nationales, Minutier Central des notaires

XCI, 529 ; LXXII, 111 et 138 ; CXII, 485bis

Archives départementales des Yvelines

D 214, 220, 225, 226, 277, 456, 477, 1108, 1136/2, 1155

Archives départementales du Val-d’Oise

C 189, C 274

Archives municipales de Pontoise

Lefèvre 8

Jean-Philippe Gérard

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